Interview de Osawa Shihan

L’AFA et la VAV ont eu le plaisir d’accueillir Osawa Shihan pour trois jours de pratique intensive, précise et motivante. A cette occasion le Flash Aïkido vous propose une interview exclusive de l’un des piliers de l’Aïkikaï et l’une des personnalités les plus appréciées dans le monde de l’Aïkido. Osawa Shihan incarnant l’humilité même, l’exercice de l’interview n’était pas aisé. Ce Sensei d’exception nous fait malgré tout l’immense plaisir de nous livrer ses souvenirs, ses questionnements et ses espoirs. Nous vous souhaitons une agréable lecture.

Photo réalisée par Arnaud Beelen
Photo réalisée par Arnaud Beelen

F.A. : Sensei, quelles sont vos impressions sur le stage de cette année ?

O.S. : J’ai l’impression que le public a été très attentif à ce que j’ai montré et s’est efforcé de le reproduire au mieux.

F.A. : C’est la quatrième fois que vous venez en Belgique ces dernières années[1], est-ce que vous voyez une évolution dans le niveau technique des participants ? Est-ce que vous avez l’impression qu’un lien se crée entre vous et les pratiquants Belges ?

O.S. : Oui, comme c’est la quatrième fois que je viens en Belgique, je perçois une évolution sur les tatamis, les pratiquants commencent à  s’habituer à ma manière de pratiquer l’Aïkido. J’apprécie ce lien qui se crée.

Osawa

F.A. : Bien que ce ne soit jamais facile, pourriez-vous résumer les points clés de votre travail en Aïkido ?

O.S. : Quand on pratique l’Aïkido, il est important d’être conscient de son partenaire et de l’attitude que l’on adopte par rapport à lui en fonction de la technique. L’attitude est quelque chose de très important et il faut toujours se demander est-ce que ma position est bonne, quelles sensations est-ce que je ressens, est-ce que mon attitude est correcte, qu’est-ce que je fais à cet instant.

F.A. : Sensei, quelles sont les pistes que vous suivez, à votre niveau, pour continuer à vous améliorer ?

O.S. : C’est un peu la même chose que ce que j’expliquais en répondant à la question précédente. Le travail sur la conscience de soi, l’attention à la position juste, au mouvement juste, l’attitude au partenaire.

Photo réalisée par Arnaud Beelen
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F.A. : En dehors de l’Aïkido, quels sont vos hobbys?

O.S. : Dormir[2]. Rire.

F.A. : Votre père (Osawa Kisaburo) est un monument, une légende dans le monde de l’Aïkido. Est-ce que c’est un héritage difficile a porté ? Quelle influence a-t-il eu sur vous, sur votre pratique ?

O.S. : Silence.

Comme tout un chacun, j’ai été influencé par mon père, c’est naturel. Tout d’abord, c’est de mon père que j’ai appris ma façon de vivre. Pour ce qui est de l’Aikido, c’est la même chose. C’est mon père qui m’a appris comment pratiquer, comment m’améliorer, comment intégrer l’Aïkido dans ma vie. Il m’a transmis sa philosophie de l’Aïkido, sa manière d’aborder l’Aïkido. Cela a fortement influencé dans ma conception de l’Aïkido.

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F.A. : Dans le monde l’Aikido, quels sont les personnes / les rencontres qui vous ont le plus marqué ?

O.S. : Cette question est difficile. Il y a de très nombreuses personnes que j’ai croisées dans le monde de l’Aïkido et qui m’ont profondément marquées.

Je citerai particulièrement, les premiers Uchideshi du Hombu Dojo qui ont été envoyés à l’étranger dans leur jeunesse pour enseigner l’Aïkido. Comme par exemple : Tamura Sensei, Sugano Sensei, Chiba Senseï, Kanai Sensei, Yamada Sensei. Ces Grands Maîtres m’ont beaucoup apporté, surtout lors de mes déplacements à l’étranger et je leur en suis reconnaissant. Bien sûr, certaines rencontres furent de courte durée, mais l’intensité de ces rencontres m’a beaucoup marqué.

Ma première expérience de séminaire international, je devais avoir 27 ans, s’est passée aux Etats-Unis, à l’occasion de l’anniversaire du dojo de Yamada Sensei. Ensuite, je suis allé en France car j’étais invité par Tamura Sensei, puis en Belgique convié par Sugano Sensei qui m’a beaucoup appris durant les stages de Wegimont pendant cinq ans. Ces expériences ont vraiment été enrichissantes pour moi. Aux Etats-Unis, les contacts avec Chiba Sensei, Tohei Akira Sensei, Yamada Sensei, tout comme en Europe avec Tamura Sensei et Sugano Sensei m’ont beaucoup touché. Les Sensei de cette époque, qui étaient les Uchideshi du Hombu Dojo et qui ont étudié directement avec O’Sensei et Kisshômaru Doshu,… Au travers du contact avec ces Sensei, on peut vraiment sentir, l’atmosphère de l’époque et les enseignements d’O’Sensei et de Kisshômaru Doshu. C’est une expérience très enrichissante. Et pas seulement au niveau technique… Je leur suis très reconnaissant pour ce qu’ils m’ont apportés.

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F.A. : Nous avons jusque-là beaucoup parlé du passé. Qu’en est-il de l’avenir selon vous? Quelle est votre vision de l’avenir de l’Aïkido?

O.S. : Silence.

F.A. : Quels sont vos souhaits pour l’avenir de l’Aïkido ? Ou au contraire, qu’est-ce que vous ne souhaiteriez pas pour l’Aïkido de « demain » ?

O.S. : Pour l’avenir, je pense qu’il est important de se questionner sur ce qu’O’Sensei a voulu nous transmettre et de préserver l’héritage qu’il nous a laissé.

F.A. : La transmission est toujours quelque chose de complexe à appréhender. Auriez-vous justement, pour conclure, quelques pistes ou conseils à offrir aux débutants en Aïkido afin de les aider à ne pas se perdre en chemin ?

O.S. : Pour les débutants autant que pour les pratiquant plus avancés, moi y compris, mais particulièrement pour les débutants, il est primordial de faire attention à avoir la bonne attitude au point de départ de la technique et au point d’arrivée. Avant que la technique ne débute, quand on est face à son partenaire et la terminaison de la technique. Pour que la technique soit correcte du début à la fin, ces deux moments sont importants. Si l’attitude au début et à la fin ne sont pas correctes, le milieu ne le sera pas non plus. C’est pourquoi mon conseil serait de faire attention, de donner de l’importance à l’attitude en début et en fin de technique.

F.A. : Merci infiniment pour ces précieux conseils, pour votre disponibilité et pour votre sincérité.

O.S. : Merci à vous

Photo réalisée par Arnaud Beelen
Photo réalisée par Arnaud Beelen

F.A. : Flash Aïkido

O.S. : Osawa Shihan

Propos traduits par Michaël Thai et David Lemin

[1]NDLR : C’est la quatrième fois consécutive que Osawa Shihan nous fait le plaisir de venir donner cours en Belgique, mais il était déjà venu à plusieurs reprises en Belgique, notamment pour les séminaires d’été de Sugano Sensei à Wegimont.

[2]NDT : Sensei a plusieurs hobbys, dont la littérature, mais avec l’humilité que nous lui connaissons, n’aime pas trop s’étendre sur sa vie personnelle.

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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