Léo Tamaki – Catalyseur de l’Aïkido

Depuis le dernier stage de Léo dans mon dojo je ressassais les ressentis après ce weekend passionnant. Un « je ne sais quoi » indéfinissable restait coincé dans le clavier malgré mes tentatives de coucher ces pensées sur le papier.

Récemment une amie pratiquante d’Aïkido a publié un statut sur Facebook que j’ai trouvé extrêmement pertinent et que je me permets de vous citer ci-dessous :

Dans mon parcours théâtral, j’ai eu l’immense privilège de rencontrer et de travailler avec des « Maîtres » de grand talent (Claire Lasne Darcueil, Yoshi Oida, Mario Gonzalez…). Des personnes dont la qualité de « présence au monde », l’exigence, et surtout leur bienveillance sont capables de tirer de chacun de nous, le meilleur de nous-même, dans une grande simplicité. Des personnes qui ne lâchent rien pour protéger notre « douceur » et notre affabilité.

Aujourd’hui c’est quelqu’un de cet acabit que j’ai rencontré sur les tatamis de Barbezieux. Picasso disait « A notre misérable époque il n’y a rien de plus important que d’éveiller l’enthousiasme ». Je suis sortie de ce stage totalement Enthousiasmée et pleine d’Energie.

Merci Léo.

Hélène Richard

 

Ce texte a fait écho à une idée vague qui restait en suspens dans mon esprit depuis quelques années. Cela fait en effet bientôt cinq ans que je suis avec passion les stages dispensés par Léo Tamaki. J’ai commencé timidement par un stage organisé au Sakura Dojo par Stéphane Crommelynck pour passer à trois stages suivis l’année suivante puis six l’année d’après et puis … le plus possible ces dernières années.

Stéphane Crommelynck

Changer de gestes, modifier l’approche, développer la sensibilité, alléger les appuis sont des notions qui ont été et sont toujours aujourd’hui difficiles à construire. Cependant malgré le gouffre technique qui nous sépare, suivre un cours de Léo est une expérience positive, enrichissante et énergisante. Après chacun de ces stages, tentant de reproduire les techniques ou les principes étudiés, je ressens plus que jamais cette intense difficulté qui me semblait tellement moindre quelques heures ou quelques jours plus tôt sous la direction de Léo.

Grand questionnement…

J’avais beau retourner ce problème des centaines de fois dans ma tête, je ne parvenais pas à expliquer ce « petit quelque chose » que Léo Tamaki parvenait à développer chez les pratiquants qui suivent ses cours. En parcourant Facebook j’ai découvert le petit texte présenté plus haut qui m’a alors éclairé en parvenant à poser des mots sur cette pensée diffuse. Ce n’est pas tant le travail que Léo propose qui rend son enseignement si particulier, ce sont les sensations qu’il provoque chez les pratiquants qui le suivent : entre autre l’enthousiasme et l’envie du dépassement de soi.

Je me suis alors rendu compte que dans mon domaine professionnel des sciences et plus particulièrement de la chimie il existait un terme particulier pour définir ce genre de phénomène : le catalyseur.

Cristaux de zéolithes vus au microscope électronique. Leur structure microporeuse et leurs propriétés acides en font des catalyseurs très utlisés dans l’industrie.

Selon les dictionnaires, la définition du mot catalyseur correspond à peu de choses près à ceci : Élément favorisant une réaction (chimique).  Ou encore dans son sens figuré à : Personne, fait qui, par sa seule présence ou sa seule action, provoque une réaction.

Et des réactions Léo Tamaki en provoque… Un nombre toujours croissant de pratiquants ou de passionnés des arts martiaux se fait un avis sur lui. Encensé par certains, décrié par d’autres, tout le monde semble avoir son point de vue bien tranché sur le phénomène Léo. La plupart de ses détracteurs ne l’ayant d’ailleurs jamais rencontré en personne, ils n’ont donc aucune idée concrète de sa pratique.

L’opposé d’un catalyseur qui se nomme un inhibiteur (composé qui ralentit le processus) existe aussi dans le sens figuré. Comme les personnes que nous sommes amenés à côtoyer et qui par leur seule présence nous crispent, nous assujettissent ou nous limitent. D’un point de vue humain et relationnel, ce genre de personnalité est évidemment hautement toxique et peut nous empoisonner la pratique ou même l’existence.

Pour en revenir à sa présence et son action, j’en suis arrivé à définir Léo comme un catalyseur de la pratique de l’Aïkido. En effet un catalyseur (du point de vue strictement chimique) ne modifie pas les autres composés de la réaction. Il se contente par sa présence de permettre aux autres composants de réagir entre eux et à cette (al)chimie de s’accomplir en restant neutre, indépendant et égal à lui-même.

Léo en pleine catalyse

L’exemple le plus frappant réside dans le travail proposé par les élèves et compagnons de route de Léo, les professeurs du Kinshinkaï (Isseï Tamaki, Tanguy Le Vourch et Julien Coup). Pour avoir eu le plaisir de pratiquer sous la direction de deux d’entre eux et d’avoir pu observer le travail des deux autres par l’intermédiaire de vidéos (qui ne remplacent jamais l’approche concrète mais faute de mieux …) j’ai pu me rendre compte des énormes et riches différences entre leurs formes de travail. Chacun semble avoir développé et exprimé au travers de son Aïkido des aptitudes et des caractéristiques uniques et complémentaires. Bien que l’on ressente des bases communes et des inspirations mêlées, chacun a mis en place quelque chose qui lui est propre. Léo a semble-t-il catalysé le développement de chacun d’eux, leur permettant de s’accomplir et d’amener progressivement leur plein potentiel à maturité.

Isseï, Léo et Julien
Tanguy

Le Kishinkaï c’est donc une autre manière de faire, une pratique dans la liberté et l’épanouissement. Léo, par sa présence, nous entraîne vers ces contraintes physiques subtiles, ces limites de finesse à repousser sans cesse que nous n’oserions pas aborder de prime abord tant la charge de travail semble colossale. Il souffle un vent nouveau qui suscite l’enthousiasme chez ceux qui par ouverture d’esprit se donnent la peine d’entrer dans sa démarche, sans œillères et sans joug.

Léo Tamaki

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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