Quand je pratique …

Cela fait quelques années que j’éprouve l’envie de coucher sur le papier mon ressenti lorsque je pratique l’Aïkido. J’ai l’espoir que cette mise au clair me permette d’avancer encore. J’ai découvert qu’un auteur que j’apprécie énormément, Paulo Coelho avait déjà et avec beaucoup de talent exprimé bon nombre d’idées que je me fais sur la voie du Budo. Je me suis donc énormément inspiré  de lui pour proposer les textes qui suivent. Il ne s’agit en aucun cas d’un guide mais seulement d’une expérience subjective et personnelle ou simpliste, truffée de biais et sans doute d’erreurs mais c’est la mienne.

Guerrier de la lumière par Paulo Coelho

Quand je pratique l’Aïkido, je ne compte pas sur mes propres forces ; je me se sers de l’énergie de mon partenaire.

Quand je pratique l’Aïkido, tout ce que je possède c’est mon enthousiasme, et l’art des coups et techniques que j’ai appris à l’entraînement ; au fur et à mesure du travail, je découvre que l’enthousiasme et l’entraînement ne suffisent pas pour avancer : l’expérience est nécessaire. J’apprends que, sans inspiration et sans expérience, aucun entraînement ne donne de résultat.

Quand je pratique l’Aïkido, la capacité de surprendre l’autre est la clé.

Quand je pratique l’Aïkido, je rencontre parfois des gens qui – à la première occasion – tentent de montrer le pire d’eux-mêmes. Ils cachent leur force intérieure derrière l’agressivité ; ils masquent leur peur de la solitude sous un air d’indépendance. Ils ne croient pas en leurs propres capacités, mais passent leur temps à proclamer aux quatre vents leurs qualités. Quand je pratique l’Aïkido je ne me laisse jamais abuser par les apparences et m’efforce de rester silencieux quand on cherche à m’impressionner. Mais je saisis la moindre occasion de corriger mes propres défauts, puisque les autres sont toujours un bon miroir de nous-mêmes. Je profite de toutes les opportunités pour devenir mon propre maître.

Quand je pratique l’Aïkido, je reçois parfois des défis. Je montre alors ce dont je suis capable  et l’harmonie revient dans le lieu. J’apprends que le défi est une des manières de me parler et que, de cette manière, je maintiens le dialogue.

Quand je pratique l’Aïkido, je me demande : « Jusqu’à quel point ai-je développé mon habileté ? » Je sais que de mes entraînements passés j’ai toujours retenu quelque chose. Cependant, quantité de ces enseignements ont été plus difficiles que nécessaire.

Quand je pratique l’Aïkido, je sais que la persévérance n’a rien à voir avec l’obstination. Il y a des époques où les entraînements se prolongent au-delà du nécessaire, épuisant mes forces et affaiblissant mon enthousiasme. Dans ces moments-là, je réfléchis : « Une guerre prolongée finit par détruire même le pays victorieux. » Alors, je m’accorde une trêve. Quand je pratique je persévère dans ma volonté, mais je sais attendre le meilleur moment pour reprendre l’entraînement.

Quand je pratique l’Aïkido, je constate que certains moments se répètent. Fréquemment, je me vois placé devant des problèmes et des situations auxquels j’ai déjà été confronté. Alors je déprime et je songe que je suis incapable de progresser dans la vie, puisque les difficultés sont de retour. Je suis déjà passé par là mais je ne l’ai jamais dépassé. Quand je pratique je comprends que la répétition des expériences a une unique finalité : m’enseigner ce que je n’ai pas encore appris.

Quand je pratique l’Aïkido, je rencontre parfois quelqu’un qui veut prouver qu’il est meilleur que moi. Dans la pratique je sais qu’il n’existe pas de «meilleur » ou de « pire » : chacun possède les dons nécessaires à son chemin individuel. Mais certaines personnes insistent. Quand je pratique, je n’écoute pas les offenses car elles ne vont pas accroître mon habileté. Je ne me fatigue pas inutilement. Quand je pratique je ne perds pas mon temps à écouter les provocations ; j’ai un chemin à accomplir.

Quand je pratique l’Aïkido, je connais mes défauts. Mais je connais aussi mes qualités. J’entends certains se plaindre que les autres ont plus de chance que nous. Peut-être ont-ils raison ; mais quand je pratique je ne me laisse pas paralyser par ce constat ; je cherche à valoriser au maximum mes atouts. Je sais que le pouvoir de la gazelle réside dans la rapidité de sa course, celui de la mouette dans la précision avec laquelle elle vise le poisson. J’ai appris que le tigre n’a pas peur de la hyène, car il est conscient de sa propre force. Quand je pratique j’essaie de savoir sur quoi je peux compter.

Quand je pratique l’Aïkido, je peux apprendre de la vie – même si cela exige du temps. Je donne toujours le meilleur de moi-même et j’attends toujours le meilleur des autres. Avec générosité, je cherche à mettre en valeur le potentiel de chacun. J’entends certains se plaindre : « Il y a des gens ingrats. » Quand je pratique je ne me laisse pas ébranler pour autant. Et je continue à stimuler les autres, car c’est une manière de me stimuler moi-même.

En pratiquant l’Aïkido, j’ai eu peur de m’engager dans la voie. J’ai déjà trahi et menti par le passé. En pratiquant j’ai déjà perdu la foi en l’avenir. J’ai déjà souffert pour des choses sans importance. J’ai déjà douté et manqué à mes obligations. J’ai déjà dit oui quand je voulais dire non. J’ai déjà blessé quelqu’un. C’est pour cela que je pratique ; parce que je suis passé par toutes ces expériences et n’ai pas perdu l’espoir de devenir meilleur.

Quand je pratique l’Aïkido, je sais que mes meilleurs maîtres sont celles et ceux qui partagent mon entraînement. Il est dangereux de demander un conseil. Il est encore plus risqué d’en donner un. Quand j’ai besoin d’aide, je m’efforce d’observer la manière dont mes amis résolvent, ou ne résolvent pas, leurs problèmes.

Quand je pratique l’Aïkido, je sais que le Chemin inclut le respect de tout ce qui est petit et fragile. Je dois toujours savoir reconnaître quand le moment est venu d’adopter l’attitude adéquate. Je pense que même si j’ai déjà tiré à l’arc à diverses reprises, je continue d’être vigilant à la manière dont je place ma flèche et tends la corde. «Quand le débutant est conscient de ses besoins, il finit par être plus intelligent que le sage distrait. »

Quand je pratique l’Aïkido, je médite. Je fais le vide dans mon esprit et ne pense à rien; je me détache de la recherche des plaisirs, des défis et des révélations, et laisse mes dons et mes énergies se manifester.

Quand je pratique l’Aïkido, il arrive un moment où, si je n’agis pas sur-le-champ, j’ai l’impression de m’essouffler. Mais tant que je m’efforce de provoquer le moment d’agir, je n’apprends pas l’art de la voie. La main qui pratique doit s’ouvrir telle la main d’un enfant. Ce qui parfois trouble la précision du travail, c’est la volonté trop vive du pratiquant.

Quand je pratique l’Aïkido, je sais qu’il est impossible de vivre en état de complet relâchement. J’apprends que l’archer, pour tirer sa flèche au loin, doit maintenir l’arc bien bandé. J’apprends des étoiles que seule l’explosion intérieure permet de briller. J’apprends que le cheval, au moment de franchir un obstacle, contracte tous ses muscles. Mais quand je pratique je ne confonds jamais tension et nervosité.

Lorsque je pratique l’Aïkido, j’équilibre Rigueur et Miséricorde. Pour atteindre mon rêve, j’ai besoin d’une volonté ferme – mais aussi d’une immense capacité de dévouement.

Quand je pratique l’Aïkido, je me comporte parfois comme l’eau, et je me glisse entre les nombreux obstacles qui parsèment ma route. À certains moments, résister signifie être détruit. Alors, je m’adapte aux circonstances. J’accepte, sans me plaindre, que les pierres du chemin tracent ma voie à travers les montagnes. En cela réside la force de l’eau: jamais un marteau ne peut la briser, ni un couteau la blesser. L’épée la plus puissante du monde est incapable de laisser une entaille à sa surface. L’eau d’une rivière s’adapte au terrain, sans jamais oublier son objectif : la mer. Ténue à sa source, elle acquiert peu à peu la force des fleuves qu’elle rencontre. Et, au bout d’un moment, son pouvoir est total. Lorsque je pratique, je deviens la rivière qui suis mon chemin pour rejoindre toutes les autres en un immense océan.

Quand je pratique l’Aïkido, j’accepte chaque défi comme une occasion de me transformer moi-même.

Quand je pratique l’Aïkido, j’ai besoin de patience et de vivacité à la fois. Je n’agis pas avant l’heure et je ne laisse pas passer l’occasion. Quand je pratique je traite chaque situation comme si elle était unique. Je n’applique ni formules, ni recettes, et ne me fie pas à l’avis des autres.

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… à suivre …

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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