Qu’est-ce que l’Aïkido ?

Introduction

Nous tenons d’abord à signaler que toute définition formelle de l’Aïkido relèverait de la plus pure fiction. Le résumé proposé ici est rédigé en toute humilité et évoluera certainement encore dans les temps à venir.

L’Aïkido est un budo (l’explication de ce terme est développée sur cette autre page). Nous dirons dans le langage courant qu’il s’agit d’un  « art martial » (lié au dieu Mars, divinité de la guerre dans la mythologie latine) bien que la signification de ce terme soit totalement erronée.

Aïkikoi ?

De manière générale le grand public fait un amalgame entre l’Aïkido, le Judo, le Karaté, le Kung-Fu, le Jujitsu, le Taekwondo … Comment distinguer  l’Aïkido parmi cette liste non-exhaustive de techniques de combats et de développement ?

Les formes techniques mises à part, l’Aïkido est d’abord exclusivement un art de défense. L’Aïkido n’enseigne pas de techniques d’attaque en tant que telles (car l’apprentissage des frappes efficaces soit une base nécessaire au travail des techniques d’Aïkido). Ce refus de la violence est basé sur des principes philosophiques et éthiques inhérent à l’Aïkido alors que d’autres arts martiaux possèdent à la fois des techniques offensives et des techniques défensives. Beaucoup de ces arts ont muté et en sont venus à privilégier l’aspect sportif de la pratique. Pour ne citer que le judo, sport olympique depuis 1964, le karaté, le taekwondo … qui sont donc devenus des sports (au premier sens du terme). Pour une bonne partie des pratiquants de ces disciplines, la participation aux compétitions et la victoire sont plus importantes que l’apprentissage technique et le développement personnel issus de la pratique.

Et donc l’Aïkido c’est quoi ?

L’Aïkido est un système éducatif avant tout. Basé sur le développement de l’individu au travers de l’acquisition de techniques défensives, l’Aïkido par sa dimension éthique imprègne tous les aspects de sa pratique, que ce soit sur le tatami ou en dehors de celui-ci. Le but est de s’améliorer soi-même par une recherche permanente de perfection du geste.

L’harmonie contre la violence

Morihei Ueshiba, fondateur de l’aïkido a voulu proposer un lien capable d’unir les gens dans une « famille universelle ». Ce concept peut être traduit par l’idée de ne pas blesser les autres mais surtout de « se protéger de manière bienveillante ». Dans une situation de violence physique, lors d’une confrontation par exemple, l’idéal pour le pratiquant d’aïkido est de se servir uniquement du contrôle nécessaire à la neutralisation de l’attaque et de la violence en cherchant à éviter de blesser l’agresseur.  Le principe essentiel de cet art consiste à utiliser l’énergie de l’adversaire afin de lui faire comprendre l’inutilité de son attaque. Les moyens utilisés sont l’esquive, la projection ou l’immobilisation. Il est important de ne jamais entrer en opposition avec l’autre (l’opposition entraîne un choc qui se manifestera par une blessure). Le respect de l’intégrité physique est un credo en Aïkido.

Et ensuite ?

A un niveau plus élevé, les pratiquants d’aïkido tentent d’être sensibles au conflit et à la violence potentielle en toutes circonstances, d’un point de vue physique, relationnel, social ou autre. Chercher à anticiper les situations de confrontation physique et les éviter totalement en cultivant la confiance en soi, la lucidité et l’intuition est le but ultime de l’Aïkido. Cet idéal nécessite inévitablement de nombreuses années de pratique assidue mais l’Aïkido est la discipline de toute une vie, autant le savoir dès le départ.  La pratique authentique, sincère et intensive aboutit à des progrès techniques constants, ainsi qu’à une meilleure compréhension de l’autre, de la nature humaine.

L’Aïkido c’est pour qui ?

Puisque ses buts sont différents de ceux d’autres arts martiaux, l’Aïkido attire les personnes sensibles aux concepts d’harmonie dans les échanges et aux principes de résolution des conflits. Ceux qui recherchent essentiellement l’acquisition de techniques de combat pour se défendre dans la rue ou pour gagner des compétitions s’orientent tout naturellement vers d’autres arts martiaux. Pourtant, il serait faux de supposer que la pratique de l’aïkido n’est pas vigoureuse ou que ses techniques sont inefficaces. L’Aïkido conserve un caractère martial et pertinent lorsque les techniques sont exécutées précisément, dans la vitesse et le relâchement musculaire nécessaires mais sans intention violente. De puissants blocages articulaires et des immobilisations permettent le contrôle et la neutralisation de l’adversaire sans lui causer de blessure ou de traumatisme. Les projections maîtrisées (afin de ne pas blesser accidentellement) contribuent à maintenir la violence et l’agressivité à distance respectable. L’Aïkido par ses origines (ses origines sont développées sur cette page) comporte en fait des techniques capables de causer de sérieux dégâts corporels et même d’entraîner la mort, mais ses principes et sa philosophie amènent ses pratiquants à ne jamais avoir un comportement aussi destructeur.

Aïkido ça veut dire quoi ?

Ce mot japonais est composé de trois kanjis (symboles composant les mots –  correspondant environ à nos syllabes)

kanji aï « Aï » peut signifier « concordance, harmonie, unité … »

Dans le contexte de la pratique, il correspond à l’idée de ne faire qu’un avec l’adversaire (qui devient donc partenaire malgré lui) et que le seul ennemi à combattre est au cœur de soi-même.  Ce principe nécessite une vigilance de chaque instant et une ouverture d’esprit totale à son environnement et aux autres.

kanji ki

« Ki » peut signifier « énergie universelle, flux, âme ou esprit (au sens non religieux du terme) … »

Dans la cosmologie asiatique le Ki incarne le chaos primordial de l’univers, l’énergie vitale à l’état brut. La pratique de l’Aïkido vise à ordonner ce mouvement chaotique par ses techniques à la gestuelle parfaite (idéalement).

kanji do

« Do » peut signifier « voie, chemin, parcours … »

Ce chemin doit mener à un état de sagesse, de conscience plus élevée.

Conclusion

L’Aïkido ne s’étudie pas dans les textes, il se vit par la pratique sur les tatamis dans un premier temps et dans toute notre vie ensuite.

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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