Retour sur le stage de Stéphane Goffin

Après l’excellente journée que nous avons passée en compagnie de Stéphane Goffin, j’ai eu l’envie de partager avec vous mes impressions sur le stage très riche et passionnant organisé par le Togishi Dojo. Même si cela fait plusieurs années que je connais Stéphane pour l’avoir croisé en tant que partenaire de travail (par exemple lors des stages d’été sous la direction de Christian Tissier à Wégimont), c’est la première fois que j’avais l’occasion de suivre l’un de ses stages. Peut-être semble-t-il présomptueux d’inviter un professeur à donner stage dans son dojo sans l’avoir suivi régulièrement au préalable ? Sans doute mais c’est sans compter sur l’expérience du ressenti lors des échanges effectués sur le tatami avec Stéphane dans le rôle de Uke. Ne dit-on pas que c’est dans ce même rôle que l’on peut ressentir toute la technique d’un pratiquant d’Aïkido ? Bref inviter Stéphane au Togishi Dojo me semblait une évidence depuis deux ans déjà, c’est maintenant chose faite et certainement à refaire dans un avenir proche !

Stage Stéphane Goffin

Pour ceux qui connaissent Stéphane et ses principales influences martiales, le travail proposé à l’occasion de ce stage était sérieux et posé. Sérieux car, même si l’ambiance était détendue et que les étudiants du jour étaient invités par Stéphane à ne pas se prendre trop au sérieux, chacun était guidé à intensifier sa présence. Posé car Stéphane a répété encore et encore que la lenteur du geste et sa fluidité permettent la naissance du mouvement et surtout son apprentissage. Pas de projections lourdes ou d’entrées en puissance, Stéphane insiste sur le fait de ne pas compter sur sa propre force potentielle car la force potentielle de Uke sera peut-être (et sans doute) à chaque fois supérieure… En effet, la base même d’une bonne pratique consiste à se passer au maximum de notre force (mais attention que relâchement n’est pas mollesse, Stéphane l’a bien rappelé également). Des principes auxquels j’adhère pleinement et qui me confortent dans le choix fait d’inviter Stéphane Goffin.

Stage Stéphane Goffin 2

Stéphane est aussi un fin pédagogue. J’ai vraiment le sentiment qu’il a pris la peine d’adapter son cours et de s’adapter lui-même au public présent. Ma conviction en est renforcée par la sensation que j’ai eu tout le long du stage de me sentir en terrain connu (alors que comme je l’ai précisé plus haut, il s’agissait de mon premier stage sous la direction de Stéphane) tout en découvrant de multiples nouvelles approches. Les explications qu’il a fournies étaient nombreuses, claires et précises à la fois. Il a pris le temps de monter encore encore chaque exercice, chaque technique. Il a invité la plupart des élèves gradés du dojo à lui servir de Uke plusieurs fois durant le stage. Il a testé chaque pratiquant du stage en passant ressentir la technique ou la faire ressentir pour guider dans l’apprentissage.

Stage Stéphane Goffin 4

Au niveau des déplacements dans les mouvements, Stéphane a posé plusieurs balises qui ne sont pas inconnues à ceux qui lisent mes articles : se déplacer au plus proche de la ligne d’attaque, ne pas sortir de la ligne d’attaque, minimiser et alléger les déplacements (« Qui peut le plus peut le moins » en référence aux déplacements en Hanmi Handachi waza) autrement dit « faire le moins de déplacement possible afin de rendre la technique applicable dans un espace restreint ou accidenté ou en cas d’invalidité provisoire du pratiquant.

Stage Stéphane Goffin 3

Stéphane a également de très bonne pistes à suivre sur le ressenti durant l’exécution de la technique mais aussi dès l’amorce de celle-ci. Son exemple le plus frappant pour moi a été cette simple phrase : « Je peux sentir en une fraction de seconde au premier contact avec un objet si je pourrai le déplacer ou pas ». Il s’est ensuite empressé de faire le parallèle avec les informations qui nous sont fournies sur le partenaire de travail par le toucher. Dès l’approche du partenaire et le premier contact tactile je suis capable de sentir si je pourrai le faire bouger. Ce concept aussi simple que subtil a été pour moi une révélation. Développer cette sensation est en effet plus que précieuse afin de recevoir le meilleur retour d’informations sur l’amélioration de sa propre pratique. La foi déplace les montagnes mais une technique de plus en plus fine peut déplacer les adversaires les plus robustes.

Stage Stéphane Goffin 7

Conformément à ma demande, la première heure du stage était consacrée aux armes et plus particulièrement au bokken. L’échauffement a donc consisté en une belle série de suburi de trois coupes en avançant suivies de trois coupes en reculant. Stéphane a fourni différentes consignes de travail que je reprends ici de mémoire et qui ne dépayseront pas les lecteurs habituels de ce blog : tête légèrement relevée, menton légèrement rentré, nuque en étirement, appuis au sols légers pour être très mobile, les doigts légers sur la poignée du bokken … Stéphane a aussi insisté sur les différences mécaniques (« mouvements ») entre couper et fendre (comme fendre des buches avec une hache). En parlant de la forme courbée de la lame du sabre et faisant le parallèle avec la courbure de la lame de la hache ou encore le principe de coupe d’une guillotine, notre professeur du jour a mis en évidence les extensions des bras, le relâchement des tensions des épaules et du dos, le subtil mouvement relâché des omoplates … nécessaires pour effectuer une coupe correcte et efficace. S’en suivent des séries de coupes dans les 4 et 8 directions avec l’attention portée sur les mouvements des pieds, sur le regard à la fois lointain et focalisé,  sur l’attention et l’intention qui précèdent le mouvement …

Stage Stéphane Goffin 9

La transition entre la première partie du stage et la seconde s’opère par la pratique de Tachi Dori sur une attaque Shomen Uchi. Stéphane en profite pour rappeler de ne pas prendre de garde avec le mains tendues vers l’avant qui peuvent être trop facilement coupées par le sabre et constituent des cibles faciles. Un peu plus tard il rappellera également que les doigts brandis vers l’avant peuvent facilement être saisis et tordus (ou cassés) dans le travail à mains nues. Les objectifs à suivre préconisés par Stéphane dans l’accomplissement de la technique Ikkyo sur cette attaque Shomen en Tachi Dori sont :

  • travailler dans la lenteur pour ressentir les heurts,
  • vérifier ses placements à chaque moment,
  • sentir les appuis dans le sol et les alléger,
  • effectuer l’entrée du corps le long de la ligne de coupe,
  • assurer l’écartement minimal par rapport à cette ligne (pour des raisons stratégiques et dynamiques), le placement de l’atemi sur Uke durant l’entrée,
  • effectuer le contrôle du bokken léger afin de fournir le moins d’informations à Uke et de provoquer le moins de réaction possible de la part de celui-ci,
  • accomplir le contrôle du coude par un contact main ouverte (ne pas fermer la main, ne pas serrer, ne pas crisper car la tension induit la tension),
  • réaliser le changement de pied nécessaire à l’entrée du mouvement vers le centre du partenaire (entre les pieds de Uke, déranger par notre présence et induire le déséquilibre nécessaire …),
  • ne pas chercher à forcer ou à contrer Uke (chercher au contraire la liberté de mouvement).

Stage Stéphane Goffin 6

Stéphane n’hésite pas user et abuser du tanto pour illustrer les mouvements de Tori, l’attaque doit être précise et effectuée avec intention et dans le temps (sans accélération et sans tension). Dans ce contexte, Tori ne doit tenter d’entrer sa technique que s’il se sent lui-même dans le temps et la distance corrects pour déployer son mouvement. Dans le cas contraire Tori doit recevoir/accueillir l’attaque de Uke en amortissant avec sa propre main pour permettre à ce dernier de finaliser proprement l’attaque qu’il a réussie. Stéphane n’hésite pas à montrer plusieurs fois que la qualité de l’attaque de Uke prime sur l’accomplissement de la technique par Tori ou encore qu’il n’y a aucune raison pour que Tori réussisse systématiquement sa technique 4 fois sur 4. Que du contraire, si Uke fournit un travail de qualité, le ratio devrait être de 50% de réussite pour chacun des pratiquants (de niveau égal) en moyenne.

Stage Stéphane Goffin 8

Sur la base du travail accompli en Tachi Dori, Stéphane nous invite ensuite à exécuter Kote Gaishi sur Shomen Uchi à mains nues en suivant les mêmes principes que précédemment (en y ajoutant un détournement légèrement l’attaque sur l’entrée et en entrant toujours correctement l’atemi au visage de Uke …). Le même travail s’en suit sur Sokumen Irimi Nage. L’un des repères les plus importants et l’un des points communs essentiels dans tout le travail accompli reste le travail sur Ma-Aï (« selon le rôle de la poule et du cochon dans l’omelette au lard » comprendront les initiés). Quelle que soit la distance qui me sépare d’un partenaire/adversaire, dès que l’un prend conscience de l’autre il devient concerné, un lien / une connexion se crée. Une fois la distance réduite à la zone / sphère d’attaque des deux personnes, ils deviennent l’un et l’autre impliqués dans la rencontre. Cette belle et forte nuance constitue une magnifique vulgarisation de concepts martiaux parfois vagues et offre de nombreuses nouvelles pistes de recherches qui s’annoncent passionnantes.

Stage Stéphane Goffin 5

Merci encore une fois à Stéphane Goffin pour ce stage formidable et à très bientôt pour la suite qu’il convient de lui donner une fois que nous aurons pu développer et faire murir certaines des pistes qu’il a suggérées !

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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