Togishi

Que signifie « Togishi » ?

Le mot Togishi (研ぎ師) désigne en japonais l’artisan polisseur de lames de sabres.

Polisseur de lame

Le polissage d’une lame est bien plus qu’un simple aiguisage car il permet surtout de remettre une lame dans sa forme originelle, et de rendre lisible ses caractéristiques. Ce travail est confié à un polisseur spécialisé non seulement dans les techniques de polissage, mais aussi dans la lecture des lames ainsi que dans l’histoire des forgerons et traditions.

Historiquement, les techniques actuelles de polissage des lames sont apparues tardivement pendant l’ère Meiji. On peut expliquer cette évolution par l’importation des systèmes électriques (donc des lampes) qui permettent au polisseur de travailler avec plus de constance (la technique traditionnelle nécessitait une observation au soleil couchant).

D’une manière générale, polir une lame se fait en deux étapes, la première appelée ji-togi permet de retravailler la forme de la lame et de la nettoyer de sa rouille. La deuxième étape (shiage) est souvent considérée comme le maquillage de la lame puisqu’elle modifie uniquement le côté esthétique de la lame.

Le Ji-togi (地磨ぎ)

Pour cette étape, le polisseur utilise plusieurs pierres à polir (研ぎ石-togi-ishi), de la plus abrasive à la moins abrasive. Ce travail est particulièrement délicat, car une erreur à ce niveau peut endommager la lame de façon définitive et lui faire perdre sa valeur esthétique. De même, le polisseur se doit de conférer à la lame sa forme d’origine (en fonction du goût du forgeron et de sa tradition), c’est pourquoi il lui est nécessaire de connaître parfaitement l’histoire du sabre, et ce, sous tous ses angles.

  • Technique : polir la lame en allant de la pierre la plus abrasive à la pierre la moins abrasive.
    • Binsui (備水) : pierre la plus abrasive, elle permet de remettre la lame sous sa forme originelle. Sa mauvaise utilisation peut endommager définitivement la lame qui perdra toute valeur.
    • Kaisei (改正) : pierre qui permet de gommer les traces laissées par binsui et d’affiner la forme de la lame.
    • Chûnagura (中名倉) : pierre dure à grains fins, permet de gommer les traces de kaisei.
    • Komanagura (細名倉) : pierre de même type que la précédente, permet de gommer les traces de chûnagura.
    • Hato (刃砥) : étape avec une pierre extrêmement dure. Elle permet de faire ressortir le hamon.
    • Jito (曇砥) : étape avec la pierre la plus dure. Permet de faire ressortir le grain de la lame. Cette étape est délicate car il est facile de laisser une marque sur la lame, qui ruinerait le travail précédent et qui obligerait alors le polisseur à refaire certaines étapes.

Le shiage (仕上げ)

Le shiage représente pour le polisseur la partie la plus esthétique du travail. Cette étape, plus minutieuse, permet par exemple, de mettre en évidence certaines caractéristiques.

Pourquoi « Togishi » Dojo ?

Parce que le travail que nous tentons de développer par la pratique de l’Aïkido est similaire à celui d’un polisseur de lame. Par la répétition du geste, nous aiguisons nos mouvements et nous tentons de rendre à notre corps ses mouvements originels, épurés, simples.

De la même manière, nous retravaillons la forme du corps, sa posture et nous la nettoyons de sa rouille, de son usure due au temps et aux mauvais traitements que nous lui avons fait subir. Dans un second temps nous travaillons également le côté esthétique du mouvement en l’allégeant et l’affinant encore et encore.

Katana

Confier son corps à un professeur d’Aïkido est un geste de confiance. Car le polissage de la technique est aussi un travail délicat, car une erreur peut endommager le corps du pratiquant. De même, le professeur se doit de rendre au pratiquant son corps sous sa forme d’origine (nettoyée des gestes parasites, négatifs, inutiles …), c’est pourquoi il lui est nécessaire de connaître le mieux possible les élèves qui se confient à lui.

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Flash Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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