Pour la petite histoire : Samouraïs et Shoguns

Pour comprendre la grande épopée des samurais (samouraïs), il faut commencer par se pencher sur une période de l’Histoire japonaise, appelée l’ère Heian, qui débute aux alentours de l’an 800. Le pays est alors dirigé en sous-main par la puissante famille Fujiwara. Cette dernière a habilement manœuvré pour marier ses filles à la lignée impériale et les enfants empereurs issus de ses unions sont instrumentalisés par des régents Fujiwara pour contrôler le pays.

L’ascension au pouvoir des Fujiwara bouleverse complètement la façon dont le Japon est administré. Durant les 7e et 8e siècles, le système de gouvernement se construit autour de l’idée de centralisation. Les empereurs de l’époque, fascinés par le succès de la dynastie Tang, souhaitent établir chez eux un modèle similaire à celui des Chinois. Mais au 9e siècle, les choses ont radicalement changé : l’empereur n’est guère plus qu’une marionnette et la politique est devenue l’affaire de riches familles, qui manœuvrent dans l’ombre des Fujiwara pour défendre leurs intérêts et accroitre leur fortune.

Cette perte de vision globale va avoir de sérieuses répercussions sur le pays. Une rupture culturelle profonde s’opère entre Kyoto, la très raffinée capitale impériale, et le reste du Japon où la mentalité continue d’être très rurale. La haute aristocratie vit enfermée dans un microcosme luxueux et ne montre que peu de considération pour la petite noblesse guerrière de province. Pourtant c’est cette même petite noblesse qui, grâce à ses milices, assure la sécurité du Japon et veille sur les exploitations agricoles dont dépend la capitale.

Alors forcément ce qui doit arriver arrive. Au fil des décennies, le pouvoir glisse progressivement vers cette caste de combattants et bientôt deux clans provinciaux sont propulsés sur le devant de la scène politique : les Minamoto et les Taira. Alors que l’hégémonie de la famille Fujiwara s’effondre, ces deux nouvelles factions s’entre-déchirent pour le pouvoir avec toujours plus de violence. L’affrontement final a lieu en 1185. Après 5 ans de guerre, les Minamoto remportent une victoire décisive sur les Taira. Leur leader, un dénommé Yoritomo, décide alors de s’installer à Kamakura où il fonde le premier shogunat japonais. L’empereur et sa cour sont autorisés à rester en place à Kyoto mais leur rôle sera dorénavant purement symbolique : la véritable autorité est maintenant entre les mains du shogun et le pays se transforme en dictature militaire féodale.

C’est dans ce contexte de basculement des pouvoirs qu’apparaissent les premiers guerriers que la culture populaire actuelle assimile à des samurais. En réalité, le terme samurai ne se popularisera que plus tard et ces cavaliers en armure sont alors appelés des bushis. Ce sont eux qui forment l’élite combattante des clans provinciaux. Si ces hommes ont de tout temps respectés un certain nombre de règles propres à leur caste, ce n’est qu’à partir du shogunat Kamakura qu’ils commencent à développer un code de conduite de plus en plus sophistiqué. Ce code sera ultimement appelé le bushido – autrement dit, la voie du guerrier.

Cette voie du guerrier met l’accent sur la loyauté envers le clan, le respect de la hiérarchie et le sens de l’honneur. Au combat, le samurai doit se battre jusqu’à la victoire ou jusqu’à la mort. S’il est fait prisonnier ou s’il commet une faute impardonnable, la seule sortie honorable est le seppuku, un suicide rituel durant lequel le samurai s’éventre avec un sabre avant d’être décapité. Cette existence rigoureuse n’est pas réservée qu’aux hommes et de nombreuses femmes s’illustrent tout au long de l’Histoire japonaise dans les rangs de ces guerriers d’élite.

En 1274, puis une nouvelle fois en 1281, les mongols tentent d’envahir le Japon. Le shogunat Kamakura parvient à les repousser mais sort politiquement très affaibli de cet épisode. L’autorité du shogun est alors de plus en plus contestée et, quelques décennies plus tard, il est finalement renversé par ses opposants. Ces derniers vont alors fonder un nouveau shogunat : le shogunat Ashikaga. Cette nouvelle entité politique est un échec : les seigneurs locaux tournent le dos à leur shogun et s’attaquent les uns aux autres pour des questions de territoire. En 1467, ces querelles incessantes se transforment en une véritable guerre civile qui s’étendra sur tout un siècle. Cette période chaotique est appelée l’époque Sengoku.

Le Japon sort définitivement de cette longue crise au tout début du 17e siècle, avec l’établissement d’un 3ème shogunat – le shogunat Tokugawa. Les seigneurs provinciaux sont à nouveau sous contrôle et ce retour au calme marque le début d’une période de dynamisme économique et démographique sans précédent. Pourtant tout le monde n’y trouvera pas son compte. Pendant que la classe des marchands prospère et que les villes se développent, l’élite traditionnelle – dont les samurais font partie – se retrouve confrontée à des difficultés financières croissantes. C’est le début d’un long déclin pour le monde féodal nippon.

Au cours de la première moitié du 19e siècle, la situation s’envenime. Le succès des marchands est toujours aussi grand alors que les gouverneurs provinciaux sont eux affaiblis par une série de crises agricoles – crises qui plombent leurs revenus et entrainent des révoltes paysannes sur leurs terres. Chez la noblesse, la frustration est palpable et les réformes du shogunat pour améliorer la situation s’avèreront infructueuses. À ce stade, l’autorité des Tokugawa est sérieusement mise à mal et la moindre étincelle peut maintenant mettre le feu aux poudres. Cette étincelle survient en 1854 quand le shogun cède sous la pression des États-Unis et ouvre les ports japonais à la marine américaine. En 1867, les domaines de Satsuma et de Choshu, décident de s’allier pour le renverser et restaurer le pouvoir impérial.

Cet épisode marque la fin du long règne des shoguns au Japon. Le jeune empereur Meiji prend la tête du pays et l’engage alors sur la voie de la modernisation. Ce nouveau volet de l’Histoire japonaise est marqué par toute une série d’importantes réformes. Certaines visent à détruire le système féodal en place et sonnent le glas de la caste des samurais. Ces derniers perdent progressivement leurs privilèges et une minorité d’entre eux décide alors de se révolter. Un baroud d’honneur pour ces combattants venus d’un autre âge. Face à une armée impériale déterminée et dotée d’armes à feu dévastatrices, ils ne feront pas le poids et seront rapidement matés. Le message envoyé est clair : le Japon doit avancer, le Japon avancera…

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Dragon - spécial Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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