Quatre jours avec Allen Pittman

Deuxième Master Class en Belgique

Ma rencontre avec Allen Pittman il y a plus d’un an a été déterminante dans mon cheminement au travers des arts martiaux. J’ai depuis lors décidé d’étudier avec lui durant minimum un séminaire par an afin d’approfondir mes connaissances et ma pratique dans son registre. Pour cette seconde édition de la Master Class Allen Pittman en Belgique, le séminaire s’est avéré plus long et il a couvert une plus grande zone géographique que celui de l’année dernière. Durant quatre jours, les nombreux participants de Chaumont-Gistoux et de Liège ont eu le plaisir de découvrir les détails de la méthode de la Sagesse du Corps. Le dojo de Soignies s’est vu accueillir un noyau plus restreint mais extrêmement solide de pratiquants motivés qui a permis à Allen de creuser plus intensément et de manière encore plus personnalisée que d’habitude durant le weekend. Quatre jours bien chargés, denses et riches pour moi tant les discussions passionnantes avec Allen et les phases de pratique poussées se sont succédé au fil des kilomètres parcourus. Discussions éthiques, pédagogiques, philosophiques ont occupé la majeure partie de notre temps libre hors de la pratique martiale durant ce long weekend et je ne remercierai jamais assez Allen pour sa générosité.

Allen Pittman 2014
Photos par Stéphane Crommelynck

Un programme chargé

Plus j’apprends à connaître Allen Pittman, plus j’entrevois la richesse et la globalité de la méthode de travail du corps qu’il propose. Une démarche qui pousse à se connaître soi-même corporellement avant de chercher à optimiser l’utilisation de ce corps. Ensuite survient la question de comment aller à la rencontre de l’autre et intégrer la présence de cet autre dans notre sphère d’existence ? Enfin, une fois la présence de l’autre admise, par quel moyen gérer une attaque précise et toutes les variations de celle-ci ? Ces trois niveaux de pratique ont été proposés par Allen de manière progressive afin de construire un cheminement cohérent pour chacun. Cette Master Class a notamment permis aux différents pratiquants de découvrir soit les bases du travail au sol du niveau 1 de la Sagesse du Corps dans les trois degrés de difficulté, soit les subtilités du Yoga Egyptien (niveau 2 de la Sagesse du Corps) dans deux degrés de difficulté, soit près de la moitié de la Danse des Amazones (niveau 3 de la Sagesse du Corps, postures 1 à 4) dans son premier degré de difficulté. Ce programme copieux s’est vu entrecoupé par quelques postures de base en Bagua et de Hsing I.

Photos par Stéphane Crommelynck
Photos par Stéphane Crommelynck

Révision du travail au sol

N’ayant précédemment étudié que le travail au sol, les grandes découvertes de cette session ont été pour moi le Yoga Egyptien et son formidable travail de renforcement de la colonne vertébrale ainsi que les joies de la gestion de la relation à l’autre au travers des applications de la Danse des Amazones. Je développe mes perceptions sur ces deux thèmes dans les paragraphes qui suivent celui-ci. Les rappels proposés par Allen concernant la recherche de mouvements dans le travail au sol ont fait écho aux entraînements personnels que j’ai effectués durant près d’un an. Cependant les consignes d’optimisation indiquées par Allen sont pertinentes et permettent de faire évoluer le travail en intensité et en durée. Chaque exercice se voit rallongé par la lenteur des gestes et la difficulté croissante selon que le corps adopte les postures de difficulté degré un, deux ou trois.

Photos par Stéphane Crommelynck
Photos par Stéphane Crommelynck

Le chapitre des marches animales qu’Allen résume par le crawling a constitué une base d’échauffement pour à peu près tous les ateliers du séminaire. Des marches quadripédiques en passant par les exercices de reptation ou de redressement,  chaque muscle postural a pu exprimer ses tensions et ses faiblesses, véritables indicateurs du travail de précision à effectuer lors d’entraînements individuels futurs. Le crawling indien s’est avéré particulièrement épuisant mais tout autant intéressant à développer ultérieurement. Allen a profité de ces exercices pour proposer à chaque participant des adaptations personnalisées en fonction des demandes et des besoins de chacun. Cette étape de travail est un pilier de la méthode Pittman car elle nous met face à notre animalité et nous permet également de démystifier cette part de nous. Nous sommes un animal et notre corps en est le reflet dans son fonctionnement profond. Nier cette animalité équivaut à nier la part la plus profonde de nous-même et paradoxalement à nous déshumaniser. Accepter notre corps avec son passé, ses limites, ses forces est l’un des objectifs basiques de la Sagesse du Corps. La symbolique des marches animales est puissante tant physiquement que psychologiquement et l’éveil de la mémoire corporelle au travers de cette pratique constitue une sensation apaisante et stabilisante. Qui suis-je en ce lieu et en cet instant est la question subliminale qui m’a trotté dans la tête pendant une bonne partie de cette première phase de Sagesse du Corps.

Photos par Stéphane Crommelynck
Photos par Stéphane Crommelynck

Le Yoga Egyptien

La deuxième phase de travail débute par des étirements des doigts, des poignets, des coudes et des épaules. Cette séquence permet de renforcer ces articulations et de les assouplir. J’ai ressenti un grand bien-être et un regain de mobilité après avoir effectué seulement deux séries de mouvements. Les bras et les épaules sont disponibles mais relâchés, ce qui les rend plus réactifs et mobiles. Allen nous a ensuite enseigné les étirements du dos qui constituent le centre du travail de Yoga Égyptien. Concernant ce Yoga particulier, les précieux conseils d’Allen m’ont permis de ressentir le travail de courbure et d’étirement de la colonne vertébrale. Les exercices proposés permettent de libérer les possibilités de mouvements du dos, du cou et de la tête tout en dégageant un maximum la mobilité de la ceinture scapulaire par des étirements ciblés. Libérer le corps en l’entraînant dans des postures de plus en plus tordues et inconfortables pour conditionner l’axe vertébrale et la colonne d’air est un travail qui peut sembler extérieurement simple mais qui s’avère physiquement très intense du point de vue intérieur. Le travail du Yoga égyptien axé sur la respiration maintenue constante, relâchée et fluide dans les différentes situations proposées nous permet d’accepter de plus en plus facilement les contraintes physiques qui habituellement entraveraient notre respiration. Cela permet de maintenir ainsi le relâchement et la disponibilité du corps en toute circonstance. Les applications possibles des postures du Yoga égyptien illustrées par Allen concernent par exemple les échappatoires à des clés de bras et d’épaule ou encore l’application de clés de contrôle vis-à-vis d’une frappe. Ce dernier a réalisé durant toute la Master Class de nombreux parallèles entre les exercices et les mouvements de lutte pour mettre en évidence les relations de mouvement ou les liens biomécaniques. Je vous conseille d’ailleurs l’article sur le ressenti de la Master Class de Chaumont Gistoux rédigé par Stéphane sur son blog qui décrit très bien l’ambiance de travail de ce séminaire.

Allen Pittman Yoga Egyptien

La Danse des Amazones

Le troisième niveau de la Sagesse du Corps se divise en deux branches distinctes : la Danse des Amazones et la Voie des Héros. La première est spécialisée dans ses formes et sa pédagogie à l’intention des femmes, la seconde est orientée à l’intention des hommes. Cette séparation est due aux différences morphologiques entre le corps de la femme et celui de l’homme qui entraînent des applications différentes mais les deux séquences peuvent aussi bien l’une que l’autre être étudiées par les pratiquants des deux sexes. Dans le cadre des ateliers de cette Master Class, Allen a choisi de nous initier à la Danse des Amazones. Cette Danse des Amazones consiste en une succession de neuf postures symbolisant chacune une divinité féminine issue de différentes mythologies. Ces symboles se révèlent puissants et permettent de fixer facilement les schémas corporels dans la mémoire à long terme. Le but de la Danse des Amazones est de préparer le corps et l’esprit au travail avec partenaire. Chaque posture s’intègre par imitation et à partir de la deuxième posture, les transitions entre les postures peuvent être étudiées. Positions, appuis, équilibre, relâchements sont autant de facteurs à prendre en compte dans l’étude posturale. Une fois la dynamique des transitions bien acquise, l’ensemble des neuf postures et leurs mouvements intermédiaires composent une chorégraphie fluide qui mérite à elle seule une analyse approfondie. Le souci du détail et la recherche personnelle sont nécessaires pour s’approprier ces neuf phases de la Danse des Amazones.

Allen Pittman danse des amazones

Applications martiales

Après avoir (re)découvert les mouvements du corps dans l’espace par le travail au sol, le Yoga égyptien et la chorégraphie de la Danse des amazones, la première phase du travail par deux consiste à intégrer la présence de l’autre et la dynamique qui en découle. Pour ce faire, Allen propose de commencer par le geste symbolique d’une poignée de main. Au travers de celle-ci nous pouvons ressentir la présence de l’autre, la tension que nous nous induisons mutuellement. Ensuite le contact devient un mouvement de poussée ou de traction qui amène le corps à neutraliser ces influences. A partir de là, la distance et le travail dans le temps sont développés progressivement en séparant les partenaires de travail. Les gestes d’attaque vont ensuite varier de plus en plus afin d’habituer le corps à gérer des offensives provenant de différentes directions pour arriver carrément à des mouvements de feintes. Une fois ces bases du travail par deux établies, chacune des postures de la Danse des Amazones va se transformer en mouvement de riposte, de contrôle, de projection ou de frappes à l’encontre de différentes attaques. L’utilisation de différentes armes dans différents types d’attaque arrivera encore plus tard une fois que les pratiquants auront atteint un certain degré de maîtrise.

Photos par Stéphane Crommelynck
Photos par Stéphane Crommelynck

Analyse personnelle et conclusion

Allen propose un système éducatif dans le sens premier du terme. Il pose beaucoup de questions durant les ateliers et n’hésite jamais à répondre aux interrogations des participants. Une chose en entraînant une autre, il arrive bien souvent que la discussion ne s’élargisse au comportement de l’individu ou encore à des aspects philosophiques. Allen étant la personne la plus versée dans les anciennes traditions et croyances martiales parmi tous les adeptes de ma connaissance, c’est un réel plaisir de déborder du cadre pour mieux y revenir par un nouvel angle d’approche. En y repensant, je crois que l’expression « sortir du cadre » n’est pas appropriée. Allen ne sort en réalité jamais du cadre des arts martiaux car, grâce à lui, je me rends compte combien les différents aspects sont obligatoirement et étroitement liés pour pouvoir former un tout cohérent. Pour mieux illustrer mon propos, je dirais qu’Allen Pittman a une vision extrêmement large des pratiques martiales. Son horizon est tellement dégagé et immense qu’aux yeux d’un débutant, il est impossible de cerner le pourtour de l’ensemble. C’est uniquement après de nombreuses années de pratique que nous pouvons vaguement discerner la silhouette de ce champ d’exploration. Pour conclure, je remercie Allen pour cette excellente Master Class et j’espère que de nombreux autres passionnés se joindront encore à notre groupe dans l’avenir.

Photos par Stéphane Crommelynck
Photos par Stéphane Crommelynck

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 12 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Dragon - spécial Aïkido. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Shiatsu, le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

2 réflexions au sujet de « Quatre jours avec Allen Pittman »

  1. très chouette témoignage, j’en confirme plusieurs passages. Allen propose une exploration du corps et de la martialité qui sort des sentiers rabattus. Son enseignement est de l’ordre de l’artisanat à une époque où certains voient les arts martiaux comme une pratique de masse qui mesure le succès au nombre de participants sur le tapis.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.