Traduction d’une interview de Sugano Sensei en 2001

Une leçon d’honnêteté

– Une entrevue avec Sugano Shihan lors de sa venue au Venezuela. L’interview de Sugano Sensei en 2001 a été réalisée par Hector Villagomez et traduite en français par nos soins.

NDLR : Cet article a été publié le 8 Décembre 2001 dans les pages de Contacto, le magazine sportif du journal vénézuélien El Carabobeño . Cet article est traduit avec l’aimable autorisation de l’auteur M. Villagomez.
Sugano Shihan par Hélène Rasse

Interview de Sugano Sensei en 2001

Le code du guerrier, ou “Bushido”, est l’une des caractéristiques les plus importantes des arts martiaux japonais. Tant et si bien qu’il a pénétré l’ensemble de la culture japonaise, donnant une touche de mystère à toute cette société, et un esprit particulier que nous percevons au travers de tout ce qui provient du Japon. Cependant, il serait naïf de penser que tous les Japonais comprennent et vivent par ces idéaux de droiture, de loyauté, de courage et d’honnêteté. Il serait tout aussi naïf de penser que tous les Vénézuéliens savoir danser le Joropo (le Joropo sont une danse folklorique et une musique traditionnelle qui sont considérée comme la danse et la musique nationale du Venezuela). Du 7 Décembre – 9 de cette année 2001, nous avons eu l’occasion de profiter de la visite de Sensei Seiichi Sugano, 8ème dan en Aïkido et “uchideshi» ou élève direct, de O-Sensei Morihei Ueshiba, fondateur de la discipline. Sa visite a été organisée à l’occasion du 25ème Séminaire national d’Aïkido Aïkikaï par le Venezuela et dirigé par Sensei Nelson Requena. Cet événement très bien mis en place et a attiré des pratiquants d’aïkido de partout dans le pays. Sensei Sugano est un homme qui tout au long de l’événement a montré non seulement sa qualité technique en tant que professeur, mais aussi que la qualité d’un vrai guerrier le définit à la fois comme un homme calme et courageux. Nous avons eu l’occasion d’échanger brièvement avec lui, et voici les idées qu’il a partagées avec nous.
 
H.V. : Quand avez-vous commencé à pratiquer l’aïkido ?
S.S. : Je ne me souviens vraiment pas. C’était il y a si longtemps.  Je dirais quand j’avais environ 18 ans.
 
H.V. : Avez-vous pratiqué comme élève de O-Sensei dès le début ?
S.S. : Oui, dès le début, j’ai commencé à pratiquer dans le dojo de O-Sensei.
 
H.V. : Au travers de la pratique de cette semaine, j’ai remarqué que vous donniez une grande importance au travail des armes.
S.S. : La position “hamni” est très importante en Aïkido, et cela est développé surtout lors du travail avec les armes. La formation doit être flexible ; nous ne nous focalisons pas sur la forme du corps mais celle-ci est intrinsèquement présente dans l’art que nous pratiquons. Peu importe si vous effectuez une centaine de techniques différentes, vous devez les voir et les comprendre comme les parties d’un système. En fait, il peut y avoir plus d’une centaine de façons d’enseigner. C’est ma compréhension de l’Aïkido que je cherche à transmettre.
 
H.V. : Malgré le fait qu’au Venezuela tous les groupes de pratiquants se rassemblent dans l’organisation Aïkikaï, il y a une certaine distinction entre eux. Quels sont les liens que nous devons renforcer afin de surmonter ces différences ?
S.S. : Il est normal de trouver des choix différents parmi les pratiquants. Certains préfèrent aller avec un instructeur, d’autres avec un autre. C’est la façon naturelle avec laquelle les groupes se créent et se développent. Ce serait une erreur de se mettre en opposition l’un contre l’autre. Si l’on décide de ne pas être dans un groupe, ce n’est pas un problème. Les organisations doivent être autorisées à générer et se régénérer de façon naturelle. Telle est la voie naturelle de la politique de l’aïkido, cela n’a rien à voir avec la formation.
 
H.V. : Quelles sont les qualités qu’un étudiant en préparation doit posséder pour le niveau Shodan (ceinture noire 1er dan) ?
S.S. : Encore une fois, en aïkido il faut travailler d’une manière naturelle. Si au Japon, on peut utiliser le système japonais, pour chaque groupe il peut y avoir différentes manières adaptées aux personnes qui y pratiquent.
 
H.V. : Est-ce que la responsabilité pour les examens préalables au niveau de Shodan est liée à l’instructeur du dojo, ou à l’organisation (fédération) ?
S.S. : La relation fondamentale en aïkido est celle qui existe entre l’enseignant et l’élève. L’idée de s’améliorer et le système d’apprentissage sont élaboré dans le dojo, et doivent toujours être basés dans cette relation. Cette même situation engendre des changements car il y a de nombreuses organisations et de nombreux enseignants. Dans le passé, la relation entre l’élève et l’enseignant était plus stricte, mais maintenant il existe de nombreuses organisations et de nombreux enseignants. Par exemple, aujourd’hui, je vais examiner plusieurs étudiants de plusieurs enseignants, sans connaître directement aucun d’entre eux. Le système d’évaluation ne peut pas être quelque chose de rigide. Je dois m’adapter en fonction du groupe.
 
H.V. : Et comment peut-on reconnaître un bon instructeur d’un mauvais ?
S.S. : C’est quelque chose que l’on arrive à se sentir …
 
H.V. : Alors doit-on travailler avec des instructeurs différents afin d’élargir sa pratique ?
S.S. : Il existe de nombreux concepts que l’on doit étudier. Vous pouvez être avec un bon professeur et sentir que vous n’aimez pas sa technique ; ou vous pouvez être avec un mauvais professeur et lavoir e sentiment que vous aimez sa technique. Alors il n’y a pas de critères fixes qui peuvent être suivis, c’est quelque chose qui doit se faire sentir.
 
H.V. : Cela défie la vieille croyance selon laquelle l’étudiant doit suivre aveuglément l’enseignant.
S.S. : On peut suivre un enseignant sans condition, mais l’enseignant doit être très bon (rires ) …
 
H.V. : Sensei, souhaitez-vous laisser un message à tous les Budoka du Venezuela ?
S.S. : Vous devez tous profiter de votre formation, et en profiter autant que possible. Les gens ne viennent pas étudier l’Aïkido seulement pour apprendre comment se défendre. Il y a d’autres raisons que la société moderne vous impose. Il est possible qu’après plusieurs années, vous arriviez à penser l’Aïkido d’une manière plus sérieuse et profonde. Dans ce cas, vous pouvez avoir besoin de différents types d’enseignement. Mais en général, vous devez venir pour profiter de la formation. Je voudrais ajouter que comme un enseignant, vous devez apprendre vraiment en profondeur, parce que sinon il n’y aura pas d’évolution de l’Aïkido.
 
H.V. : Sensei, je vous remercie pour le temps que vous nous avez consacré et je vous souhaite  un très agréable séjour au Venezuela.

S.S. – Seiichi Sugano

H.V. – Hector Villagomez

A propos Sébastien

Sébastien Place pratique l’Aïkido depuis plus de 15 ans. Dojo cho et fondateur du Togishi Dojo, il est également rédacteur pour le magazine Dragon - spécial Aïkido et pour le magazine Yashima. Pratiquant les styles Aïkikaï et Kishinkaï, étudiant aussi le Hino Budo, le Hsing-I, la Sagesse du Corps d’Allen Pittman et le travail de lutte de Tim Cartmell, il publie régulièrement des articles liés aux arts martiaux et la culture asiatique.

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